Une fresque en hommage aux femmes scientifiques
Projet du Budget participatif pour inspirer les futures générations
Projet lauréat de la sixième édition du Budget participatif, la fresque réalisée sur le mur du jardin botanique, près de l’école Joliot-Curie, présente six portraits de femmes scientifiques.
Pourquoi ce projet ?
L’ambition du porteur de projet était de rendre hommage à des femmes scientifiques, mais aussi de créer des repères pour encourager les jeunes filles à croire en leur potentiel.
En effet, les filles sont encore sous-représentées dans les sciences : en France, seulement 26 % des élèves en classes préparatoires scientifiques sont des filles. Moins de 30 % des chercheurs dans le monde sont des femmes. Ce fossé ne reflète pas un manque de compétences, mais un manque de modèles visibles.
La Ville de Talence a déjà démontré son engagement en faveur de la valorisation des femmes scientifiques à travers plusieurs événements et initiatives locales. Dans cette continuité, elle a soutenu ce projet artistique, éducatif et citoyen, avec l’aide de l’Université de Bordeaux qui a offert le mur de son jardin botanique comme espace d’expression.
Une artiste talençaise et de jeunes artistes en herbe
La fresque a été réalisée par l’artiste muraliste talençaise Mauna. Passionnée par la nature et engagée dans la protection de l’environnement, ses œuvres sont empreintes de réflexions sur notre lien avec le vivant et réalisées en respect avec la nature dans laquelle elles s’intègrent. Vivement intéressée par le projet de fresque proposé au Budget participatif, elle s’est rapprochée de la Ville de Talence pour pouvoir lui donner vie.
Trois jeunes, Angèle, Mohammed et Edgar, l’ont accompagnée durant cette aventure artistique. Ils sont intervenus dans le cadre d’un chantier d’insertion soutenu par le Service municipal emploi, l’association Frédéric Sévène et l’association Réagir.
1) Angélique du Coudray, sage-femme avant-gardiste
1712-1794
Née d’une famille de médecins, elle est placée jeune comme apprentie chez la « maîtresse sage-femme » Anne Bairsin. Elle obtient son diplôme d’obstétrique en 1739, et devient sage-femme jurée de la ville de Paris et ses faubourgs. Pour enseigner l’art de l’accouchement, elle invente une « machine », approuvée en 1758 par l’Académie de chirurgie — un mannequin grandeur nature pour l’aider dans ses formations. Elle publie en 1759 le premier manuel scolaire, Abrégé de l’Art des accouchements. Après 16 ans à Paris, avec une pension de Louis XV, elle retourne en Auvergne pour donner gratuitement des cours d’accouchement en milieu rural, et continue
pendant près de 25 ans dans tout le royaume. Elle forme des milliers de femmes et chirurgiens, faisant nettement reculer la mortalité infantile. Elle est à l’origine de nombreux hospices et maternités dans de grandes villes, mais meurt seule et dans le dénuement.
2) Jeanne Villepreux-Power, pionnière de la biologie marine
1794-1871
Née en 1794, Jeanne Villepreux-Power, corrézienne d’origine modeste, est une naturaliste française. Autodidacte passionnée et pionnière de la biologie marine, elle est à l’origine de l’invention des aquariums et est décrite comme la précurseure des stations de biologie marine par Edmond Perrier. Installée en Sicile avec son mari James Power, lord britannique, en 1818, elle se découvre une passion insoupçonnée pour les sciences naturelles. Elle étudie une espèce de coquillage : l’argonaute. C’est dans le cadre de son travail sur cette espèce qu’elle créera les cages “à la Power ”, qui deviendront nos aquariums. La qualité de ses travaux scientifiques et son approche expérimentale ouvrent à cette autodidacte les portes de la communauté scientifique européenne : elle devient la première femme membre de l’Académie des Sciences de Catane et sera membre d’une vingtaine de sociétés savantes. Après une vie consacrée à la science, elle reviendra dans son village natal de Corrèze où elle décèdera en 1871.
3) Anna Hamilton, figure majeure des soins infirmiers
1864-1935
Anna Hamilton, née en 1864, médecin d’origine franco-britannique, est une figure majeure de la professionnalisation des soins infirmiers en France. Inspirée par les travaux de Florence Nightingale, elle plaide pour une formation rigoureuse des infirmières et la reconnaissance scientifique du personnel soignant. En 1901, elle prend la direction de la Maison de santé protestante de Bordeaux (MSPB). En 1916, elle hérite du domaine de Bagatelle grâce au legs d’Elizabeth Bosc et, avec le soutien d’Edouard Seltzer, y installe progressivement jusqu’en 1929, un hôpital, une école d’infirmières avec internat et un dispensaire. Dévouée aux plus fragiles, Anna Hamilton y développe des pratiques médicales innovantes, avec une attention particulière à la santé des femmes et des enfants. Elle transforme la Maison de santé en centre de médecine sociale exemplaire, offrant aux habitants de Talence consultations et conseils de santé publique. Elle se retire en 1934, après avoir préparé la poursuite du développement du site, et s’éteint en 1935, laissant une empreinte durable dans l’histoire sociale du territoire.
4) Lucienne Félix, mathématicienne engagée
1901-1994
Lucienne Félix est une enseignante et didacticienne en mathématiques française, née en 1901 à Nancy. À une époque où l’enseignement secondaire des jeunes filles ne conduisait pas au baccalauréat, elle obtient néanmoins le baccalauréat de mathématiques en 1918, puis intègre l’École normale supérieure de Sèvres en 1920. En 1923, elle est parmi les premières femmes à obtenir l’agrégation de mathématiques et est nommée à Lille puis à Versailles. En 1938, elle intègre une classe de mathématiques spéciales à Versailles, mais se heurte à l’hostilité de collègues masculins réticents à voir une femme enseigner en classes préparatoires. De confession juive, elle est révoquée sous le régime de Vichy, en application des lois antisémites.
Arrêtée en août 1944 et internée à Drancy, elle échappe de peu à la déportation. Réintégrée à la Libération, elle poursuit son enseignement dans le secondaire jusqu’à sa retraite en 1966, tout en assurant des travaux dirigés à la Sorbonne. Elle rédige de nombreux ouvrages pédagogiques, parmi lesquels L’aspect moderne des mathématiques (1957) et Exposé moderne des mathématiques élémentaires (1958). Pionnière de la didactique des mathématiques, elle a joué un rôle moteur dans le développement de la didactique des mathématiques au sein de la commission internationale pour l’étude et l’amélioration de l’enseignement des mathématiques (CIEAM et a milité pour la réforme de l’enseignement mathématique tout au long de sa vie.
5) Marguerite Chopinet, astronome girondine
1920-2022
Née à Charleville en 1920, Marguerite Chopinet effectue ses études scientifiques à la faculté des Sciences de Paris en mathématiques et devient l’élève de Jean Chazy, professeur titulaire de la chaire de mécanique rationnelle de la Faculté des sciences de Paris. Après une participation active dans la Résistance au cours de la seconde guerre mondiale, elle reprend son activité de recherche et est la première femme à obtenir un poste d’astronome à l’observatoire de Bordeaux à Floirac, où elle rejoint Pierre Sémirot, directeur de 1947 à 1971. A ses débuts, elle participe aux travaux et observations des services de la lunette méridienne et de la lunette photographique de Floirac. A partir de 1953, elle effectue des missions régulières à l’observatoire de Haute-Provence consacrées à l’étude par spectroscopie de différents types d’étoiles avec Marcelle Duflot. De 1958 à 1963, elle utilise la caméra électronique d’André Lallemand et participe à sa mise au point sur le télescope de 120 cm avec M. Duchesne, G. Courtès et Ch. Fehrenbach. Cette caméra marque un véritable tournant dans l’étude des spectres de nébuleuses galactiques, d’étoiles, et de nébuleuses planétaires. En créant avec Pierre Mianes un amplificateur à réponse rapide, elle modernise et améliore le micro-photomètre Chalonge-Barbier, en vue de l’étude du spectre de noyaux galactiques, de galaxies de Markarian, ainsi que nébuleuses ionisées (régions HII) en interaction avec le milieu interstellaire, avec Marie-Claire Lortet. Marguerite Chopinet a toujours participé activement à la vie de l’observatoire de Bordeaux à divers titres, y compris celui de conseillère de P. Sémirot. Sa culture astronomique lui a permis de contribuer au début du récolement de la bibliothèque et à un premier tri et classement des archives de l’observatoire. Ayant fait sa place dans un milieu jusqu’alors essentiellement masculin, elle a ouvert la voie aux femmes astronomes qui lui ont succédé.
6) Valérie Gabelica, chimiste indépendante et interdisciplinaire
Chimiste belge, Valérie Gabelica est spécialiste de la spectrométrie de masse. Ayant grandi dans un environnement scientifique avec une mère professeure en école d’ingénieur et un père enseignant chercheur en chimie minérale, elle a obtenu son doctorat de chimie à l’université de Liège en 2002. Elle effectue un an de postdoctorat à l’Université de Francfort puis intègre le Fonds de la recherche scientifique Belge. En janvier 2013, elle rejoint l’INSERM U869 ARNA à l’université de Bordeaux. Elle a été directrice de l’Institut européen de chimie et biologie (IECB, Inserm et université de Bordeaux) de 2021 à 2023. En 2021, elle est lauréate du Prix pour les sciences du vivant de la Fondation Bettencourt-Schueller. En 2022, elle obtient le Prix recherche de l’INSERM.






